Paraguay, la chute de la banque Ueno fragilise le président Peña
· Rédaction BehindLines
Le Paraguay traverse une crise à la fois financière et politique après la mise en résolution de la banque numérique Ueno. Jeudi 5 novembre, le président Santiago Peña a tenté de démissionner. Selon Al Jazeera, qui cite Reuters, le Congrès a refusé cette démission, la chambre basse a voté sa mise en accusation par 78 voix contre 0 et le Sénat a ouvert la procédure en le convoquant vendredi. Les deux sources citées reprennent des dépêches Reuters : elles ne sont pas indépendantes l'une de l'autre.
La banque
Selon Al Jazeera, Ueno est passée sous le ratio de solvabilité légal ; une fois ses comptes corrigés, son capital était inférieur à la moitié du minimum exigé. Ueno revendique environ 3 millions de clients dans un pays de 6,5 millions d'habitants et administre près de 850 millions de dollars de fonds publics, selon les deux sources. Des clients, dont des retraités qui touchent leurs prestations par l'intermédiaire de la banque, se sont rassemblés mardi 3 novembre devant des agences fermées, rapporte The Star. La banque centrale a décidé de transférer les fonds restants vers d'autres établissements.
Le président de la banque centrale, Carlos Carvallo, a démissionné à la demande de Peña ; il avait dirigé Ueno jusqu'en août 2023, précise The Star, et a dit qu'il resterait en poste pendant la procédure de résolution.
Les liens avec le pouvoir
Peña a été associé en affaires du groupe Vázquez, propriétaire d'Ueno, jusqu'en mars 2025, selon The Star ; d'après Al Jazeera, il y détenait une participation qu'il dit avoir vendue en 2025. Des parlementaires l'accusent de conflit d'intérêts et s'interrogent sur une éventuelle dissimulation. Le procureur général a ordonné trois enquêtes pénales, selon Al Jazeera, et le parquet a fait arrêter huit personnes liées à la banque, d'après The Star. L'ancien président Horacio Cartes, dirigeant du Parti Colorado, a fait savoir que le parti soutient la destitution et ne se rangera pas du côté du vol d'argent public, privé et de retraite.
Mesures et suite
Peña a convenu avec les dirigeants du Congrès d'accélérer un projet de loi permettant au Fonds de garantie d'indemniser les déposants et de sécuriser le retour de l'argent public. La Superintendance des banques nommera des auditeurs. La banque centrale juge le cas isolé ; Peña affirme qu'il s'agit d'une entité particulière, pas du système financier national. Le dossier pèse sur les obligations d'Ueno à échéance 2031 et sur la dette souveraine du pays, note The Star.
Si Peña était destitué, le vice-président Pedro Alliana lui succéderait probablement. Un ancien président devient normalement sénateur à vie avec une certaine immunité, ce qui ne vaut pas en cas de condamnation lors d'un procès en destitution, rappelle Al Jazeera.