Indonésie : la fumée des incendies a fait 3 560 morts en septembre, estime le CREA
· Rédaction BehindLines
La pollution due aux feux de forêt et de tourbières aurait tué 3 560 personnes en Indonésie en septembre 2026, soit environ deux fois plus qu'en août, selon une estimation du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA), un groupe de réflexion basé à Helsinki. Le chiffre a été rapporté le 30 octobre par l'AFP.
Une estimation de court terme
D'après le CREA, la pollution de l'air, toutes origines confondues, a causé 5 310 décès en septembre dans un pays d'environ 290 millions d'habitants : 3 560 liés à la fumée des incendies et 1 750 à des sources hors feux, comme la production d'électricité en ville, l'industrie et les transports. L'organisme calcule les décès attribuables à l'exposition aux particules fines (PM2.5) sur quelques jours. Environ 57,8 millions de personnes ont respiré un air jugé malsain à dangereux, et plus de 330 000 infections respiratoires aiguës ont été recensées dans le pays. L'exposition dépasse de plus de sept fois le seuil annuel de l'Organisation mondiale de la santé au niveau national, dix fois à Sumatra et vingt-quatre fois à Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo. À Java, 73 % à 80 % des décès viennent de sources hors incendies, soit 1 530 en septembre.
Près de deux millions d'hectares brûlés
Selon l'observatoire satellitaire Nusantara Atlas, cité par l'AFP, plus de 1,9 million d'hectares ont brûlé entre janvier et fin septembre, soit 38 % de plus qu'à la même date en 2019. L'observatoire juge ces chiffres prudents, car le suivi ignore les petites cicatrices de feu et la fumée a parfois masqué les images ; David Gaveau dit avoir l'intuition que la situation est probablement aussi grave qu'en 2015, faute de données satellitaires comparables pour cette année-là. Le gouvernement indonésien n'a plus publié de bilan officiel depuis les 202 000 hectares annoncés fin juillet, et n'a ni confirmé ni démenti ce décompte.
Sécheresse, El Niño et brûlis
La sécheresse commencée en juin, aggravée par un fort épisode El Niño, a nourri les feux. Des experts attribuent une grande partie des brûlis au défrichement, souvent par des entreprises du bois, de l'huile de palme ou des mines. Agus Sari, directeur général du cabinet Landscape Indonesia, parle d'une catastrophe « prévisible et évitable », liée à une préparation insuffisante et à des coupes budgétaires dans l'agence nationale des catastrophes.
Une fumée qui franchit les frontières
Le panache a atteint la Malaisie, Singapour, les Philippines et le Timor oriental, des écoles ont fermé en Malaisie et au Timor oriental. Selon l'Agence nationale de l'environnement de Singapour, quinze jours consécutifs avaient été classés « malsains » au 19 octobre, contre huit en 2015, et des avertissements ont été adressés à dix entreprises indonésiennes. Jakarta avait écarté l'idée de déclarer une catastrophe nationale, jugeant pouvoir gérer seule la situation. Le gouvernement indique avoir mobilisé plus de 72 000 personnes pour l'ensemencement des nuages et la lutte contre les feux, activé plus de 2 100 médecins et soignants et distribué 5,3 millions de masques. Le CREA recommande de restaurer les tourbières drainées, de sanctionner les brûlis illégaux et de durcir les normes d'émissions à Java.