La chaleur extrême gagne le printemps et l’automne, selon une étude
· Rédaction BehindLines
Les journées de chaleur extrême ne se concentrent plus aussi strictement en été : sur plus de la moitié des terres émergées, elles débordent désormais sur le printemps ou l’automne. C’est la conclusion d’une étude de Casey Ivanovich, Benjamin Cook et Sonali Shukla McDermid, parue dans la revue AGU Advances sous le titre « Extreme Dry and Humid Heat Seasons Are Changing Asymmetrically ». L’étude n’est pas nouvelle : Carbon Brief et le site News-Medical (reprenant la Columbia Climate School) l’ont présentée le 10 septembre 2026. Seule la couverture de Mongabay, publiée le 2 novembre, est récente.
Comment les auteurs ont mesuré le phénomène
Les chercheurs fixent pour chaque lieu un seuil au 95e percentile des maxima quotidiens de 1980–1989 et l’appliquent aussi à 2015–2024, selon la méthode de l’étude. La saison locale regroupe les trois mois comptant le plus d’extrêmes en 1980–1989, lorsqu’ils sont consécutifs ; ses marges couvrent deux mois avant et après. Ils ont distingué deux types de chaleur : la chaleur sèche, mesurée par la température de l’air, et la chaleur humide, mesurée par la indice WBGT (« wet-bulb globe temperature »), qui intègre aussi l’humidité, le vent et le rayonnement solaire. Selon Carbon Brief, ils s’appuient sur la réanalyse MERRA-2 de la NASA pour 1980-2024, vérifiée avec ERA5, du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Ils comparent les années 1980 à la période 2015-2024.
Au départ, la règle était nette : dans les années 1980, environ 93 % des terres concentraient plus de 80 % de leurs jours de chaleur sèche extrême dans leur saison chaude habituelle, y compris sous les tropiques, d’après Carbon Brief.
Ce qui a changé
Selon News-Medical, la saison de chaleur sèche extrême s’est allongée sur un peu plus de la moitié des terres, et celle de chaleur humide sur un peu moins de la moitié. Mongabay résume : les saisons de chaleur extrême se sont étirées vers le printemps et l’automne. L’évolution est inégale :
- plus de chaleur avant la saison habituelle : Europe de l’Ouest, Afrique australe, nord-ouest de l’Inde ;
- plus de chaleur après la saison habituelle : ouest des États-Unis, est de la Chine, Afrique du Nord, Europe de l’Est.
Phoenix (Arizona) sert d’exemple. Selon le résumé repris par News-Medical, le total de jours de chaleur sèche extrême y est passé de 183 sur la décennie des années 1980 à 338 sur 2015-2024, et 6 % de ces jours tombent après la fin de la saison chaude, contre aucun dans les années 1980. La date médiane de la chaleur sèche extrême s’est décalée d’environ dix jours plus tard, celle de la chaleur humide de 5,5 jours plus tôt.
Pourquoi on ne peut pas tout expliquer
Le réchauffement moyen ne suffit pas à tout expliquer. Dans un test, les auteurs ont décalé les données des années 1980 de la hausse moyenne locale : cela reproduit l’essentiel des changements au cœur de la saison, mais pas les décalages inégaux à ses marges, rapporte Carbon Brief. Casey Ivanovich y évoque d’autres pistes, à examiner région par région : précipitations saisonnières, humidité des sols, usage des terres (irrigation, intensification agricole) et variabilité naturelle du climat. Dans le communiqué de la Columbia Climate School, elle qualifie le changement climatique de composante « principale », sans pouvoir chiffrer sa part par les seules observations. Les auteurs prévoient des simulations climatiques. Comme les extrêmes sont rares, le signal statistique reste délicat à isoler.
Pourquoi cela compte
Selon Carbon Brief et Mongabay, de la chaleur hors saison pose des problèmes pratiques : piscines publiques et centres de rafraîchissement qui ferment souvent à la fin de l’été, et réseaux électriques équipés pour la climatisation estivale, qui peuvent défaillir. Elle peut aussi chevaucher la saison des incendies dans l’Ouest américain ou celle des ouragans de l’Atlantique. Mongabay rappelle, en citant l’Organisation mondiale de la santé, environ 489 000 décès par an liés à la chaleur dans le monde entre 2000 et 2019 ; ce chiffre ne provient pas de l’étude. Benjamin Cook estime, selon Mongabay, que les plans d’atténuation centrés sur l’été ignorent les vagues de chaleur du printemps et de l’automne.