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Bangladesh : la confection secouée par la bataille du salaire minimum

· Rédaction BehindLines · Mis à jour le

Au Bangladesh, des centaines d'usines de confection ont été perturbées par des manifestations d'ouvriers qui réclament de meilleurs salaires face à la hausse du coût de la vie. Selon Al Jazeera, le mouvement entrait lundi 2 novembre 2026 dans son troisième jour à Savar, Ashulia et Gazipur, avec un important déploiement policier dans la zone industrielle de Mirpur, à Dhaka. Le gouvernement a créé le 1er novembre un conseil du salaire minimum (wage board) chargé de réexaminer les rémunérations du secteur.

Ce qui s'est passé

D'après Al Jazeera, environ 500 usines ont été fermées temporairement depuis le début des manifestations, samedi 31 octobre. Des milliers d'ouvriers sont descendus dans la rue et ont été confrontés aux gaz lacrymogènes et aux grenades assourdissantes de la police. Le quotidien The Daily Star, citant un rapport de situation de l'association patronale BGMEA, avance un chiffre un peu plus élevé : au moins 529 usines de plusieurs zones industrielles ont fermé le 1er novembre. Selon la BGMEA, reprise par Reuters via Business Recorder, 529 usines ont fermé et 987 190 ouvriers ont quitté leur poste ce jour-là ; un dirigeant de la BGMEA a même parlé de 700 à 800 usines lundi à Arab News. Ces chiffres ne forment pas un bilan unique : leurs dates et périmètres ne sont pas harmonisés. Le journal indique aussi que les heurts ont inclus des incendies et des blocages de routes, et que la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau à Ashulia.

Ce que réclament les ouvriers

Selon Al Jazeera, les manifestants demandent un salaire minimum mensuel de 30 000 takas (242 dollars), contre 12 500 takas (101 dollars) aujourd'hui, soit plus du double. Le correspondant d'Al Jazeera à Dhaka, Tanvir Chowdhury, estime que les salaires actuels « ne suffisent pas à cause de la hausse du coût de la vie » et que les ouvriers veulent « une part » des revenus de l'industrie d'exportation.

Le conseil du salaire minimum

Toujours selon Al Jazeera, le Premier ministre Tarique Rahman a réuni en urgence ses ministres et conseillers le 1er novembre. Le Daily Star précise que le conseil est présidé par un juge, Sheikh Ashfaqur Rahman, et qu'il compte six membres issus des employeurs, des travailleurs et d'une catégorie indépendante. Selon le journal, l'article 139 du code du travail l'oblige à remettre ses recommandations sous six mois, un délai que le gouvernement peut prolonger à sa demande. Le droit du travail modifié impose une révision des salaires tous les trois ans pour tenir compte de l'inflation, et un autre réexamen de la grille du secteur de la confection est prévu en décembre.

Près de quarante ans de revalorisations

Le Daily Star retrace l'évolution du minimum mensuel du secteur : 627 takas en 1986, 930 en 1994, 1 662 en 2006 après des troubles ouvriers, 3 000 en 2010, 5 300 en 2013, 8 000 en 2018, puis 12 500 en 2023, révision au cours de laquelle les grades de salaire sont passés de cinq à quatre. Les intervalles entre les hausses ont donc fortement varié, de huit puis douze ans au début à trois ou quatre ans entre 2006 et 2013, puis cinq ans.

Les positions des représentants

Lors d'une conférence de presse à Dhaka, deux représentants des travailleurs au sein du conseil ont appelé les manifestants à reprendre le travail, selon le Daily Star. Babul Akhter, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la confection et de l'industrie du Bangladesh, a lu une déclaration écrite affirmant que le conseil œuvrerait pour que les salaires augmentent à partir de janvier. Il a demandé la libération des personnes détenues pour avoir manifesté, le retrait des plaintes et l'absence de licenciement, de harcèlement ou de mise sur liste noire. Dans l'article d'Al Jazeera, il juge que le Bangladesh pratique « parmi les salaires les plus bas de la confection dans le monde » et que les patrons qui ne peuvent pas payer correctement devraient négocier de meilleurs prix avec les acheteurs internationaux.

Mahmud Hasan Khan, président de l'association des fabricants et exportateurs BGMEA, a répondu que le gouvernement avait déjà agi en créant le conseil et qu'il comptait sur les ouvriers pour le laisser travailler. Il a prévenu que si les manifestations se poursuivaient lundi, les usines appliqueraient la règle « pas de travail, pas de salaire ».

Enjeu économique

Selon Al Jazeera, la confection pèse environ 38 milliards de dollars et constitue une source majeure de devises et d'emplois. Le Bangladesh y est concurrencé par le Vietnam, le Cambodge et l'Inde. Les patrons invoquent la hausse des coûts, l'incertitude sur le marché de l'énergie liée à la guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, et le ralentissement de la demande sur certains marchés d'exportation. Le conseil devra donc concilier une revendication salariale élevée et la compétitivité d'un secteur très exposé.

Sources